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  • Pierre Hallé

Être plongeur français à l'étranger #1

Dernière mise à jour : 11 mai

Nous avons tous nos aprioris ou nos idées sur les plongeurs des autres pays. Et Hélène m'a demandé une fois ce que ces étrangers peuvent parfois penser des français. Elements de réponse de la part de mon envoyé spécial, Gégé:



“Je veux bien partir en croisière, mais je ne veux pas de Chinois à bord, ils sont insupportables!"

“Quelle plaie sous l’eau, ces Russes”

“Halala, les Japonais et leurs signes bizarres"

“Faut pas aller avec ce centre, ils ont une clientèle d'Américains"



Je peux continuer comme ça pendant des heures et refaire un tour du monde. Nous l’avons tous compris, l’Enfer c’est les autres. Et c’est récurrent. Car les étrangers ont tous le même problème en plongée : ils ne sont pas français.

Épisode 1 : Sans même être dans l’eau.


Déjà, la langue. Avez vous remarqué? sitôt les frontières passées, ils se mettent tous à parler des langues étrangères. Et ce serait a nous d’apprendre les leurs? On se croit où, là? A Babel peut-être? Si les écoles de plongée du monde veulent avoir la chance de nous accueillir pour valoriser leur clientèle, ils devraient au moins faire l’effort d’apprendre à effectuer des briefings décents pour nous autres. Et puis de quoi expliquer clairement la facturation aussi. Il y a toujours des soucis de ce point de vue là, et je ne parle même pas de la nécessité de toujours leur rappeler qu’il est normal de nous accorder un rabais.



Imaginez donc une seconde! Il existerait encore des plongeurs qui ne verraient pas en chacun de nous le digne descendant spirituel de Cousteau. Pourtant, nous n'arrêtons pas de le leur rappeler: nous connaissons tous quelqu'un qui a plongé avec Cousteau. C’est un fait! Nous avons tous un lien au 2e degré avec Jacques-Yves! J’en suis le parfait exemple, lorsque j'étais gosse, j’ai eu un moniteur qui était dans une expédition de la Calypso. J’ai donc appris avec les meilleurs. CQFD


C’est pourtant ce manque de reconnaissance qui peut être fatiguant. Surtout lorsque c’est d’emblée à l'inscription. Même lorsque nous sortons de son écrin notre sacro-sainte carte Fédé, il y a encore dans le monde des gens qui ne sont pas éblouis au premier regard par l’aura divinement supérieur de cette carte. Une fois, en présentant une carte 3 étoiles, le staff a osé demander à son collègue si c'était “équivalent au Rescue”. Sérieusement. Quel affront. Ne sait-il donc pas que la carte 3 étoiles me donne le droit de plonger de manière absolument autonome au-delà des limites du commun des mortels? Avec mon fidèle bloc Air de 11L et mon tuba en cheville pour survivre dans cet outre-monde qu’on appelle La Soixante!





C’est tellement lassant. Il nous faut toujours, toujours leur enseigner ce qu’ils ne savent pas. Alors que ces instructeurs exotiques se pavanent avec leurs ordinateurs en couleurs et leurs transmetteurs connectés, je me tue à leur expliquer que ce matériel n’est pas fiable! Il ne connaissent pas l'énorme, que dis-je, l’immense taux de panne de ces transmetteurs. Ils risquent leur vie! Un manomètre, c’est increvable. La technologie, c’est de l’inconscience. Un peu comme les ordinateurs. En plus de mon profondimètre Uwatec, j’ai d’ailleurs toujours deux ou trois jeux de tables MN90 à distribuer de bon cœur à ces gaillards en soif d’apprendre. Même si une fois, il y a tout de même un instructeur tête brûlée qui m’a dit qu’elles n’avaient pas été mises à jour depuis 1990 ! Quelle foutaise, est ce que vous allez demander à De Vinci de mettre à jour sa Joconde? Non! Elle est parfaite. Les tables abscisses/ordonnées temps/profondeur le sont aussi.


Car oui, il y a encore d'énormes progrès à faire a l'étranger, notamment en termes d'équipement. Car à chaque fois que je vais en Mer Rouge ou dans l'Océan Indien, je dois leur demander pourquoi diable leurs blocs n'ont pas de double sortie ! Sont-ils à ce point inconscients du risque de givrage aux Maldives? Je dis ça car ça m'énerve. J'arrive avec mes deux premiers étages et je dois toujours batailler pour trouver des outils pour démonter mes deux détendeurs pour les fusionner en un seul. Et je me moque qu’ils pestent parce que nous voyons cela au dernier moment avant de sauter à l'eau, car c’est de leur faute. Ils savent que je suis français. Ils devraient avoir sur chacun de leurs bateaux des blocs adaptés à notre plongée loisir à deux valves.


J'ai d'ailleurs abandonné l'idée de trouver des bouteilles norme M26 EN 144-3 pour le nitrox. C’est fou ça, passé les frontières de notre hexagone, personne ne semble se soucier du risque mortel de plonger avec du nitrox 32% contenu dans de simples bouteilles norme DIN 5/8 .... A cause de cela, je dois toujours me trimbaler avec mon adaptateur pour pouvoir connecter mon détendeur M26 a une bouteille profane. D’après eux, un simple marquage de couleur vert et jaune suffirait a me faire comprendre que la bouteille est Nitrox. Et comment font- ils en pays Commonwealth? Blanc et Noir. N’est ce pas un manque flagrant de concorde justement? Au moins avec notre système, c’est plus sûr. Tu n’es pas M26 EN 144-3, tu plonges pas et pi-cé-tout.



Vivement que j’aille sous l’eau me changer les idées.

(A suivre)



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